Lesbiennes, butches, ftms : lesbianisme et transitudes

Suite à l’annonce de la Dyke March prévue pour le 25 avril 2021, on a pu assister à l’émergence de nombreux débats sur la question d’un cortège de tête en non-mixité lesbienne. On ne se penchera pas ici sur la sempiternelle question de la place des femmes bisexuelles dans ces espaces, mais nous intéresserons davantage aux réactions concernant les hommes trans et personnes transmasculines1 dans le cortège. Pour peu qu’on soit un tant soit peu présent·e dans les espaces militants virtuels, on remarquera une chose : toutes les deux semaines, la question des hommes trans se revendiquant « lesbiens », ou « transgouins »2, revient à la charge. Il ne faut pas longtemps attendre pour y voir les arguments de la transphobie, de l’historicité, de l’étymologie, ou encore du « ressenti »3 surgir. Des lesbiennes se revendiquant majoritairement du matérialisme4 et des hommes trans et personnes transmasculines souvent impliqués depuis longtemps (souvent avant leur transition) dans des espaces féministes et lesbiens s’affrontent sur la question de la « légitimité » et de la « dangerosité » de la présence de l’un chez les autres.

Si je souhaite aujourd’hui aborder cette question, c’est parce que je suis particulièrement fatigué de constater le manque de réflexions nuancées qu’on accorde à cette question. Il m’a fallu beaucoup de temps pour m’exprimer sur ce sujet, dans la mesure où c’est une question délicate et très personnelle. Je tiens à rappeler ceci, et je le martèlerai aussi souvent que nécessaire : je refuse qu’une TERF5 s’approprie ce propos de quelque manière qu’il soit. Je soutiens les transitions de mes frères trans. J’aime mes sœurs trans d’une sororité profonde et sincère. La communauté lesbienne n’a pas à être affublée de force de l’étendard de votre transphobie. Aucune TERF n’est la bienvenue dans mon propos, les lesbiennes ne veulent pas de votre pseudo-protection, celle que vous revendiquez pour menacer la communauté transféminine.

Ceci étant clairement établi, je tiens à faire le point sur ma situation afin d’ancrer mon propos dans une expérience individuelle et socialement située. Je ferai aussi référence à des éléments historiques, des témoignages et des archives afin de montrer la continuité de ma réflexion avec des héritages toujours trop méconnus au sein de notre communauté.

Mon lesbianisme s’est manifesté à moi assez tôt dans mon existence, toutefois il m’a fallu quelques années avant de faire sens de ce que ces attirances et ces désirs pouvaient en réalité signifier. Entre harcèlement scolaire et violences familiales, j’ai fait de nombreux aller-retours avant d’être pleinement out en public, aux alentours de mes 17 – 18 ans. Puis la question de la transition s’est posée.

Comme beaucoup d’autres personnes que j’ai rencontrées et qui étaient dans ce cas, plusieurs facteurs fondent ce questionnement : il y avait le fait de quitter le domicile familial et d’avoir un espace qui m’était propre, loin de mes parents et de notre village de campagne où l’on trouvait une population faible de personnes ouvertement lesbiennes, gays, bisexuelles ou encore trans. L’arrivée dans les études supérieures marquent souvent un tournant dans un processus de socialisation militante, féministe particulièrement. L’accès à de nouveaux cercles sur les réseaux sociaux, couplé à ces rencontres de personnes de tous horizons, produit l’effet d’une bombe quand on n’a pas été très exposé·e à la culture « queer« 6. Le vocabulaire s’enrichit, on découvre des nouvelles représentations, des discours inédits ; c’est le début d’un cheminement dans la découverte de soi. Il est normal de ne pas savoir à quel saint se vouer au début, et de tâtonner, d’explorer avec certains discours, certaines grilles d’analyses. On veut trouver une communauté, exister au sein de cette dernière, et faire de la politique sur des réseaux comme Twitter, ou encore Instagram. On ne se refuse aucun conflit avec la fachosphère, notre santé mentale se ramasse ensuite à la petite cuillère.

C’est d’expérience que je comprends qu’il est souvent difficile de trouver sa place au milieu de tant de discours, tant de visibilité, et que l’on se rapproche de personnes qui apparaissent comme ayant une certaine popularité au sein des réseaux militants, surtout sur les réseaux sociaux. J’ai longtemps cherché des modèles, des personnes qui seraient dans une expérience de vie totalement similaire à la mienne afin de me sentir « légitime » dans ce que je ressentais : je voulais, à très juste titre, des semblables. J’avais le sentiment que trouver une expérience de vie similaire à la mienne chez quelqu’un d’autre me donnerait davantage confiance en ce que je voulais affirmer. Quand j’ai commencé à en apprendre davantage sur la non-binarité, ça m’a ouvert les yeux sur un nombre incalculable de choses que je ressentais auparavant sans en faire réellement sens. Petit à petit j’ai choisi un nouveau prénom et ai revendiqué de nouveaux pronoms, fait mon coming-out à mon entourage, mes ami·es et mon école notamment, surtout pas ma famille. Je continuais à ressentir des accointances très fortes avec la communauté lesbienne, je me construisais à travers les textes de Monique Wittig7 qui affirmait que « les lesbiennes ne sont pas des femmes »8. Et ça tombait très bien, car je « ne me sentais pas être une femme », quoi que cela signifie. Je ne correspondais pas aux normes féminines que je percevais autour de moi, ni à celles avec lesquelles j’avais grandi, et je ressentais un profond décalage entre la femme que j’étais et toutes les autres femmes avec lesquelles j’évoluais.

Est arrivé un moment plus ou moins critique dans ma construction personnelle : celle de la question de la prise d’hormones, de testostérone en l’occurrence. Je voyais beaucoup de mes amis commencer une transition, je voyais le bonheur à travers les photos dont les légendes étaient “un mois sous T // 6 mois sous T // 1 an sous T”9, et j’admirais leur beauté. Parallèlement à cela, mon corps me dégoûtait, j’étais mal dans ma peau, je bindais10 tous les jours. Mon crâne rasé et mes vêtements trop larges ne m’offraient pas le passing11 masculin que je recherchais. Il a fallu me rendre à l’évidence : peut-être trouverais-je l’épanouissement en tant qu’homme trans. Je me souviens de ma mère, qui refuse en bloc ma transition, se risquer toutefois à me demander : « est-ce qu’avec ça, ça ira mieux ? ». Le premier « ça », c’est la prise d’hormones : le second, c’est une dépression inquiétante qui a, à de nombreuses reprises, menacé ma vie. La vérité, c’est que je ne savais pas réellement si ça allait être une révélation, une déception, ou toute autre chose. Ce que je sais, c’est que je devais agir, prendre une décision pour avancer, pour me sortir de mon engluement dans un état qui me faisait souffrir. Pris entre les discours très « queer theories« 12, je me revendiquais tour à tour genderfluid13, non-binaire, bigenre14, transmasc… Je m’interdisais inconsciemment l’usage du terme « homme », ou alors je précisais toujours que j’étais trans, ou bien je disais « boy« , « garçon ». Les discours du style « pas besoin d’hormones pour être trans » ou encore « les hommes trans peuvent être féminins ; les femmes trans peuvent être masculines » ne soulageaient en rien mon malaise. Et pour cause : ils n’avaient aucun ancrage dans la réalité dans laquelle je m’inscrivais au quotidien. Car tant que je n’avais pas pris d’hormones, je restais aux yeux du monde une femme15. Une femme étrange, une femme extravagante, une femme masculine, certes, mais une femme tout de même. J’étais trop petit, trop chétif, ma voix était si haute et mon visage semblable à celui d’un chérubin. Les artefacts vestimentaires et cosmétiques n’y changeaient rien, au même titre que les discours que je me répétais chaque jour. Quand ma copine et moi nous sommes faites tabasser dans une station de métro, c’était bien parce que notre couple était lesbien. Si j’avais crié à l’assaillant que j’étais non-binaire, qu’est-ce que cela aurait changé ?

Ce que j’essaie de dire ici, c’est que peu importe nos discours, la matérialité de nos corps est à prendre en compte. Je constate que cette expression est trop vague, et qu’elle peine à rendre compte avec complexité et nuance de l’ensemble de ma réflexion. J’entends par là que la manière dont notre corps est offert aux yeux des autres (à travers notre apparence physique, nos vêtements, notre manière de nous déplacer, de parler, les marques de nos appartenances à différentes catégories sociales) constitue autant d’éléments qui font sens pour autrui, et induisent des comportements, des réactions. Ces dernières sont parfois même inconscientes, car ce sont autant de biais intériorisés à travers des représentations et des structures qui nous dépassent, qu’on n’a pas toujours consciemment remarqué. Mais pour reprendre un propos toujours ironique, mais souvent vrai : « on vit dans une société ». Ce qui signifie que nous sommes des êtres socialement situés, dont les relations sont teintées de dynamiques de pouvoir. Qu’on le veuille ou non, l’altération de notre apparence au monde (je n’entends pas par là les modifications par voies médicales uniquement) est l’une des conditions sine qua non de l’inscription dans une classe de sexe. Que cela soit avec des vêtements, des hormones, une coupe de cheveux, tous ces éléments font partie d’un ensemble de signes qui sont autant d’indices pour que la société sache comme nous (mal)traiter.

C’était donc sans certitude aucune sur ce que j’étais que je commençais la testostérone deux ans après mon coming-out non-binaire. L’euphorie des premiers instants de cette seconde puberté, quand la voix déraille, le duvet apparaît, la musculature aussi, m’a très vite permis de gagner en confiance en moi. Ma relative androgynie me permettait de naviguer les espaces LGBTI à la fois comme homme trans, mais sans qu’on ne remette trop en question ma parole sur des questions féministes pour autant. Or, est vite arrivé le moment où je passais, et avec ce passing masculin est arrivé une série de privilèges qu’il serait difficile d’ignorer sans faire preuve de mauvaise foi. La barbe était mon atout principal : les hommes ne me parlaient plus dans la rue, ne me calculaient plus vraiment, j’étais nettement moins en danger dans l’espace public. J’ai même rencontré à plusieurs moments ce scénario très parlant : quand un homme s’approchait de moi dans le but de me harceler dans l’espace public, il arrivait qu’il balbutie des excuses une fois qu’il était assez proche pour réaliser qu’il avait affaire à un homme. J’étais à l’époque en couple avec une personne qui se présentait comme femme et qui était perçue de la sorte. La dynamique qui s’installait entre nous dans l’espace public était claire et nette : je ne redoutais plus les agressions comme je les craignais à l’époque où j’étais une lesbienne. Cela appartenait au passé. Certes le passé influe grandement sur la manière dont on perçoit le monde, dans la manière dont on évolue dans le monde. Mais notre passé n’influe pas nécessairement sur la manière dont les autres vont nous percevoir, surtout à l’intérieur d’espaces où ils ignorent tout de notre transition. Ce que je veux dire à travers cette formulation, c’est qu’indépendamment de notre éducation genrée16 (à travers notre assignation de naissance), la position sociale dans laquelle nous sommes perçus dans un moment donné a ses propres effets. Peu importe si j’ai été socialisé comme une petite fille qui a grandi dans la campagne : si aujourd’hui je me présente au monde comme un jeune homme résidant à Paris, qui a clairement fait des études, les effets de certaines dynamiques de pouvoirs relatives à cette position là vont se manifester au sein de beaucoup d’espaces que je fréquente. Certes, dans d’autres, comme mon couple, ma sexualité, ou dans ma famille par exemple, je vais être sujet à des discriminations que des femmes cis ne connaissent pas. Toutefois je dois reconnaître que dans bien d’autres espaces ce n’est pas le cas. La question de la « socialisation primaire »17 est pour moi une rhétorique peu pertinente, qui nous essentialise et nous réduit aux choix de nos parents, aux influences de milieux qu’on ne fréquente plus nécessairement, et dont on s’est souvent majoritairement affranchi·e aujourd’hui. Je soupçonne parfois même que ce discours soit mobilisé pour reléguer certains groupes à des attitudes et des comportements indépassables. Par exemple, ma question aux personnes qui accusent les femmes trans de conserver les traits de leur « socialisation masculine » : pourquoi ressentir continuellement le besoin de ramener les femmes trans à leur assignation de naissance ? Le processus se lit aussi chez les hommes trans, mais il est plus fréquent de voir cette rhétorique appliquée à des desseins transmisogynes18. Il faut sortir de l’illusion de la domination masculine comme résultat d’une éducation pour comprendre qu’elle ne résulte que de structures et de capacités effectives asymétriques. Les hommes ne sont pas violents parce qu’ils ont appris à l’être. Ils le sont car ils le peuvent. Par ailleurs, c’est se fourvoyer que de croire que les femmes trans ont un vécu masculin comme les autres. C’est ce que certain·es théoricien·nes19 appellent la socialisation différenciée : pour vouloir faire quelque chose d’aussi insensé qu’une transition MtF20 en tant qu’homme, ce qui représente un déclassement majeur plaçant les femmes trans au cœur d’un système de violences inouïes, il faut n’avoir pas su s’intégrer à sa classe de sexe. Écoutez les femmes trans parler de leur vie d’avant. Rares sinon inexistantes sont celles qui ont eu une enfance, une adolescence, une vie d’adulte d’homme typique, bien intégré, bien normé, sans parler de la transition et de la réintégration à l’autre sexe : ce que vous appelez socialisation est un processus continuel.

Revenons désormais aux personnes transmasculines. Je ne nie pas la transphobie que subissent les hommes trans. J’en ai moi-même été victime, et je sais qu’elle fait très, très mal. Je sais pertinemment, et de première main, que c’est une situation très complexe. Déjà, car on n’est jamais uniquement homme trans. On est aussi gay, hétéro, racisé ou pas, d’une certaine classe sociale, gros ou non, en situation de handicap ou non. Dans mon cas, je suis blanc, j’étais devenu hétérosexuel, je n’ai aucun handicap visible, je suis mince. Il est nécessaire de reconnaître que j’étais transfuge de sexe, ou de genre en fonction de la manière dont vous parlez de cela, et que politiquement ma position n’était plus la même. Tout comme mon père, fils d’un chauffeur-routier et d’une marchande, né dans la profonde campagne occitane, est transfuge de classe désormais qu’il est directeur au sein d’une entreprise basée à Paris, je n’ai plus les mêmes intérêts politiques en n’étant plus socialement une femme lesbienne masculine mais un homme blanc hétérosexuel. Cela ne revient pas à dire que tous mes tracas s’étaient évaporés comme par magie, mais force est de reconnaître que de nombreuses inquiétudes propres à mon statut de femme n’existaient plus vraiment. Cela s’explique simplement par le fait que j’ai changé de classe, et que mes intérêts immédiats sont motivés par les obstacles que je rencontre. Je peux évidemment conserver une sensibilité, une compassion particulière pour ma classe d’origine, toutefois elle n’est plus le lieu depuis lequel j’interagis avec le monde, et je ne partage désormais plus de nombreuses choses avec elle. Et comme on aime à le rappeler, yes, all men, parce qu’il ne s’agit ni de bonne volonté, ni de déconstruction individuelle efficace, mais de position effective dans les rapports sociaux. On parle ici de rapports matériels, de dynamiques de pouvoir structurelles qui nous dépassent toujours. Dans de nombreux domaines de ma vie j’étais encore dans une position précaire : ma transition administrative21 n’était pas faite, mes relations avec ma famille étaient mauvaises tandis que je dépendais encore économiquement d’elle, même si je travaillais en parallèle de mes études, obtenir des soins de santé dignes de ce nom était très complexe, construire une intimité en tant que trans n’était pas une mince affaire… Je rencontrais encore beaucoup d’obstacles.

Toutefois, dans les milieux militants, j’ai trop souvent vu des personnes instrumentaliser ma transition pour s’attaquer à d’autres camarades, maquant leurs biais politiques derrière de grands discours sur le fait qu’il fallait nous protéger, nous, pauvres petits hommes trans sans défense. Cela se faisait notamment par une fétichisation et une instrumentalisation des discours sur la socialisation, encore et toujours. Je tiens à revenir sur la définition de fétichisation, un terme que l’on emploie régulièrement sans préciser ce que l’on entend derrière. On trouve souvent la fétichisation associée à un contexte sexuel : quand par exemple c’est l’apparence des organes sexuels, une certaine pratique ou bien une certaine origine qui va être sexuellement convoitée par quelqu’un d’autre. Cet aspect de la fétichisation est bien sûr dangereux, et il nous faut le combattre, mais il constitue une définition incomplète de ce processus. La fétichisation est, à mon sens, le fait de considérer autrui comme objet, et non comme sujet. Considérer autrui comme objet, c’est se concentrer sur certains aspects de ce qu’iel est, ou bien a été, afin d’instrumentaliser cette caractéristique à des desseins ici politiques. Fétichiser quelqu’un·e, c’est non seulement priver cette personne de son autonomie politique, autonomie dont on jouit en cela que nous sommes des sujets capables de réflexion et d’action, mais c’est aussi priver cette personne d’une partie de son humanité. Fétichiser, c’est déshumaniser, c’est cruellement manquer de considération pour un individu. C’est traiter autrui comme un moyen et non comme une fin, pour paraphraser le vieux cul bénit. Cette fétichisation, je dois le reconnaître, parfois m’arrangeait bien. Elle m’arrangeait bien car en fermant les yeux sur le fait que les milieux féministes que je fréquentais ne me voyaient pas comme un homme au même niveau que les hommes cis, je n’étais pas exclu d’espaces qui m’étaient familiers, qui m’avaient permis de me construire et de me réfugier pendant plusieurs années. En n’interrogeant pas davantage des discours bancals tels que ceux de la « socialisation primaire », l’un des plus essentialisant qui soit, j’avais le droit de rester bien au chaud avec d’autres féministes. Je m’explique : prétendre que je suis « moins toxique » (pour ce que ça veut bien dire) sous prétexte que j’ai été élevé et traité comme une femme jusqu’à ma transition, où j’aurais été assez « woke« 22 pour être un homme au dessus des autres, un homme sans aspérité, sans pouvoir phallocrate, c’est réduire tout ce que je suis à mon assignation de naissance. C’est dire : « cet homme n’est pas dangereux car à l’origine c’est une femme », ce qui nie totalement la réalité de ce que je suis devenu en plus de me refuser l’accès à la classe des hommes, classe que j’ai volontairement pris pour destination le jour où j’ai affirmé que je ne serais plus une femme. Cette rhétorique est à double-tranchant, car elle induit aussi l’exclusion de mes sœurs trans des milieux féministes et plus largement des groupes politiquement constitués des femmes. Le même discours qui me permettait de rester à un espace dont je n’étais plus un sujet actif et concerné excluait mes sœurs trans du même coup. Au nom de préjugés transmisogynes, on les présentait comme des « personnes non-déconstruites »23, encore en proie à des actions « pas safe« , comme si leur « nature d’homme », produit d’une assignation masculine, pouvait ressurgir à chaque instant. Encore une fois, on en revient à la même logique : c’est l’organe entre nos jambes qui a induit un certain traitement de la société, et que nos milieux « éduqués » perpétuent en nous repoussant sans cesse vers cette assignation. Qu’est-il arrivé à la croyance que le sexe n’est en rien une destinée ? Aussi, qui serait assez malhonnête pour nier les violences à caractère misogyne et transphobe que subissent les femmes trans, violences souvent extrêmes qui se manifestent par un brutal déclassement très rapidement après le début de la transition, transition souvent précédée par ailleurs de violences homophobes et cissexistes24 motivées par l’incapacité à se conformer aux attentes de la société vis-à-vis du sexe masculin ? Je mets au défi quiconque serait capable de venir me voir en face pour me citer une femme trans qui n’a pas été battue, violée, objectifiée, fétichisée, insultée dans l’espace privée ou publique, refusée à un emploi sous prétexte qu’elle était une femme trans. Les femmes trans, particulièrement lorsque cela se couple à une autre oppression (racisme, handicap, voir la liste non-exhaustive citée auparavant), sont l’une des populations les plus vulnérables et précaires au monde. Il est grand temps d’arrêter notre mauvaise foi : nous ne sommes pas leurs victimes. Fermer les yeux sur notre position sociale fait de nous les complices de leur souffrance.

Il y avait une autre explication à la raison pour laquelle j’aimais ne pas être traité comme un homme à part entière. C’est bien parce qu’au fond, je ne désirais pas en être un. Quand on y réfléchit, c’est plutôt simple : au nom de quoi aurais-je voulu savoir que j’étais traité comme une version édulcorée d’un homme, un « pas vraiment homme mais bon quand même » si j’aspirais à être un homme comme ma démarche de transition l’indiquait ? Faisais-je preuve de mauvaise foi ? Un peu, je dois le reconnaître. Je pense que c’est le cas de beaucoup de personnes qui s’insurgent de la non-mixité lesbienne qui n’inclut pas les bies ou les hommes trans. Pourquoi avons-nous tant de mal à appliquer à notre cas le discours que nous jetons à nos ennemis politiques ? Il nous est facile de dire à un homme de ne pas chouiner, de ne pas faire du « not all men« , car les dynamiques structurelles sont ce qu’elles sont et que son individualité ne le fait pas passer entre les mailles du filet. En quoi sommes-nous différent·es ? Nous sommes des individus complexes et nous appartenons à la même société que les autres ; dès lors nous devons admettre que certaines facettes de ce que nous sommes sont contradictoires, complexes. Cette contradiction que je constatais, celle de vouloir une apparence masculine sans être un homme, s’est réglée par une profonde remise en question, des conversations avec des ami·es trans et lesbiennes qui ont été patient·es à mon égard, et des découvertes culturelles inédites. J’ai découvert l’existence des butches25 et de leurs parcours de vie qui résonnaient tant avec le mien. J’ai compris que la masculinité sans homme existait, tout comme la féminité sans femme que je voyais fleurir chez mes camarades gays existaient. Certes les butches sont peu représentées, peu valorisées dans notre société, et pour cause : ce sont des lesbiennes, et des lesbiennes qui n’arborent rien de bandant, du moins pour le regard masculin. Toutefois, c’était bel et bien moi. Je m’épanouissais en réalité en tant que butch, butch qui aimait profondément les femmes.

Une fois ce constat fait, que faire de ma transition ? Quel chemin prendre ? J’ai découvert qu’il n’était pas rare du tout pour des butches d’avoir pris de la testostérone, d’avoir eu recours à de la chirurgie, bien qu’elles aient toutefois dû faire un travail pour reconnaître et affirmer qu’elles n’étaient pas des hommes, afin que leur identité lesbienne fasse sens. Car le propre du lesbianisme, plus qu’une sexualité entre deux femmes, c’est l’absence stricte d’hommes dans l’espace de la relation amoureuse, intime, sexuelle. C’est très simple : s’il y a homme, il n’y a pas lesbienne. Les lesbiennes ne relationnent pas avec des hommes ; s’il faut que je le martèle, je le ferai autant de fois que nécessaire. Hommes trans compris. Il nous faut arrêter de prendre comme porte-étendard de la transitude masculine des jeunes hommes en début de transition, incapables de rendre compte de la réalité à long terme de ce que cela signifie d’être un homme trans. Je ne cherche pas ici à dévaloriser leur expérience du monde qui est très complexe, je l’ai vécu moi-même. Je dis juste que j’ai remarqué que les discours sur la question de ma transitude et de mon lesbianisme, notamment dans les six premiers mois de ma transition, finissaient très vite par ne faire aucun sens avec la réalité d’une transition FtM. Parce que le début d’une transition, aussi important et marquant soit-il, n’est qu’un battement de cil dans la construction de soi comme sujet homme dans le monde. Devenir un homme n’est pas synonyme de disparaître du militantisme : les luttes gays, les luttes pour les droits reproductifs, contre la transphobie administrative et médicale, contre le racisme, pour la révolution prolétarienne, sont autant de luttes qu’il faut investir. C’est aussi une position privilégiée pour s’interroger sur la manière d’être un allié pour nos sœurs trans qui trop souvent restent sur le carreau, oubliées d’une lutte qui continue, consciemment ou pas, de se renfermer sur son propre vagin – en oubliant au passage que nombreuses sont les femmes trans qui en ont un (sérieusement, pourquoi tant de réticences à penser les femmes trans dans la multitude de leurs incarnations, y compris celles qui passent ? La vérité c’est que le cissexisme se concrétise aussi par la réification fétichiste des femmes trans comme femmes à bites et la croyance en ce que les personnes trans seraient forcément visibles et identifiables pour le regard cis.). La question n’est pas là, et nous devons dépasser ce stade désormais. Tapisser des clitoris26 sur les murs de Paris n’a jamais empêché une femme de mourir de violences sexistes, sexuelles, conjugales, médicales.

En tant que butch, j’ai découvert une nouvelle culture et une nouvelle histoire dont j’ignorais tout auparavant. J’ai appris sur moi en apprenant sur ces dernières. J’ai aussi arrêté la testostérone, ce qui m’a fait mal au cœur puisque j’aimais mes muscles, j’aimais mon odeur, j’aimais mon corps : mais ce n’est pas perdu pour toujours. J’ai gardé mon ancien prénom, car c’était le mien, qu’il était mixte et que sur mes papiers il était déjà changé. J’ai conservé le F sur ma carte d’identité. Je n’aime pas utiliser le terme de « détransition » pour parler de mon parcours, car j’estime que c’est ouvrir la porte aux discours TERFs, d’extrême-droite, réactionnaires et dangereux. L’arrêt de ma prise d’hormones s’inscrit dans la continuité de mon parcours vers mon identité butch. C’est plus précaire certes, bien plus précaire qu’être un homme. Ce n’est pas tous les jours une partie de plaisir, et ce n’est surtout pas une espèce d’entre-deux, une zone grise pour ne pas assumer une féminité ou une masculinité. Je ne suis pas « butch par défaut », parce que je veux un pied de chaque côté de la rivière, pour parler de manière imagée. C’est au contraire pour moi la réconciliation des deux dans un espace poreux où une multitude d’expériences et d’histoires se rencontrent. Cela m’a permis de tracer un lien, une continuité entre différentes facettes de ce que j’étais, sur le plan intime et sur le plan politique, social. J’ai compris qu’il n’était pas vraiment pertinent d’analyser mon rapport à mon genre en le séparant d’une réflexion sur ma sexualité. Il n’est pas non plus pertinent de séparer mon rapport à mon lesbianisme de mon rapport à ma sociabilité. Être lesbienne, c’est un être-au-monde spécifique, précieux mais souvent en danger. Car la lesbienne n’a jamais bonne presse dans notre société aujourd’hui ; il faut généralement attendre 0,02 secondes pour que dans chaque débat sur ce que nous sommes (comme si l’avis de personnes non-lesbiennes était bienvenu) pour que nous nous voyons être comparées aux hommes, et que pour par-dessus le marché nous soyons qualifiées de pire version de ces derniers (quoique les femmes trans, et surtout lesbiennes, nous surpassent certainement dans cette compétition de « qui sera la plus détestée »). On nous accuse d’être toxiques (pour ce qu’on met derrière ce terme), d’être machistes, violentes, totalement responsables des maux subies par les femmes bisexuelles et hétérosexuelles (comme si les hommes, groupe dominant du patriarcat, n’étaient pas les responsables des violences patriarcales ; imaginez quand même).

En m’éduquant sur notre histoire, j’ai constaté que ces attaques n’étaient en rien une création contemporaine à nos débats. Déjà au cours des années 1970, lors de la création et affirmation du Mouvement de Libération des Femmes (MLF), les lesbiennes étaient traitées comme des éléments moins dignes de jouir du processus de libération que les femmes hétérosexuelles27. Puisque nous n’avions pas de relations intimes et sexuelles avec des hommes, alors nous étions immunisées au patriarcat ; par un saut magistral entre plusieurs réflexions fallacieusement articulées, nous en arrivions à la conclusion que nous pouvions même devenir un ennemi des femmes hétérosexuelles, les véritables sujets de l’oppression patriarcale. Sommes-nous réellement assez naïves pour affirmer que les violences sexistes et sexuelles ne s’expriment que dans la confidence du foyer hétérosexuel des femmes adultes, à l’abri des regards dans la chambre à coucher ? Qu’en est-il du milieu du travail, de la famille, de l’espace public, de l’institution médicale, de l’héritage, puisque même jusqu’après notre mort nous n’avons pas les mêmes droits que le reste de la société hétérosexuelle ? Il est trop facile de nous retirer notre statut de femme sous prétexte que nous n’avons pas de concubin. Ce que je vois transparaître dans ces discours, c’est que l’homophobie et la lesbophobie, bien ancrée dans notre société, opèrent aussi au sein des milieux féministes. Je vois également l’incapacité profonde des milieux militants à dépasser l’impertinent concept d’universalisme28.

En tant que lesbienne butch, on m’a accusé de nombreux vices. On m’a accusé, avec ma partenaire femme29, de reproduire les structures hétérosexuelles au sein d’un couple lesbien. J’aimerais beaucoup qu’on m’explique comment j’aurais pu reproduire ce miracle. Comment deux lesbiennes peuvent être hétérosexuelles ? Doit-on vraiment en revenir à une version militante du « qui fait l’homme et la femme dans votre couple » ? On m’a accusé, sous prétexte que je m’appropriais les codes de ce que la société pose comme masculin, de vouloir perpétuer les mêmes violences que celles des hommes envers les femmes. Il est nécessaire ici de comprendre le concept de female masculinity30 (que l’on pourrait traduire par masculinité de femme) : ma masculinité n’est d’aucune manière appréciée et valorisée comme celle d’un homme peut l’être. Il suffit de constater les insultes, les regards désobligeants, voire dégoûtés, les agressions que je subis au quotidien pour comprendre que je ne suis en rien placé au même niveau qu’un homme. J’ai plus souvent vu des hommes hétérosexuels applaudis pour avoir mis une unique boucle d’oreille et du vernis sur leurs ongles sales qu’une lesbienne appréciée dans sa butchitude. Ma masculinité est vue comme un enlaidissement, une volonté d’attirer l’attention, un repoussoir social ; la féminité appropriée chez les hommes hétérosexuels est appréciée comme expression de soi, challenge de la norme, acceptation de sa « part féminine » (pour l’amour du ciel, certaines personnes n’auraient pas dû recevoir la parole). Parce que les normes sont l’expression du pouvoir des dominants et non le fondement de ce dit pouvoir, et que reprises par les dominées elles ne motivent rien que de la répression. Ces exemples-là ne sont qu’un échantillon du traitement qui est réservé aux butches au quotidien, et je sais que beaucoup de mes camarades gays pourront s’y retrouver. Si j’oublie des choses, parfois même évidentes, c’est que trop souvent j’ai intériorisé ces violences comme normes de ma vie quotidienne. C’est devenu un morceau du paysage, une musique de fond.

Malgré tout cela, je ne regrette en rien d’avoir fait ce cheminement, et je célèbre aujourd’hui cette culture qui, malgré sa texture traumatique et son lot de larmes, m’a littéralement sauvé la vie. Car c’est aussi ça le lesbianisme parfois : une question de survie. C’est une histoire complexe, parfois contradictoire, avec des moments dont on ne s’enorgueillit pas, mais c’est pour moi une nécessité au cœur même de l’évolution perpétuelle de ce que je suis. Je n’en serais pas arrivé là sans ma transition, sans mon expérience du monde en tant que femme, puis qu’homme, puis butch. C’est bien pour cela que je ne veux pas parler de « détransition ». Je n’ai pas détransitionné : j’ai continué mon cheminement vers un espace plus juste dans la manière que j’avais d’avoir relation à moi-même et aux autres.

Je sais que mon récit fera peut-être écho à d’autres expériences, et je l’espère. Je n’invalide en rien les transitions de mes camarades hommes trans. Je leur souhaite au contraire le meilleur des succès dans leur cheminement que je sais long, douloureux et conflictuel. J’ai jugé toutefois nécessaire ce récit ponctué de réflexions car la multiplication d’accusations malhonnêtes et stériles envers la communauté lesbienne me pèse énormément. Pourquoi haïr les lesbiennes pour une réalité sociale établie par le produit de violences et de dominations perpétrées par les hommes ? N’est-ce pas plutôt le symptôme d’un biais qui vous laisse penser les lesbiennes comme plus violentes, mauvaises, en proie à l’exclusion, et tant d’autres stéréotypes véhiculés par des représentations hétérosexuelles ?

Une véritable réflexion doit être produite à ce sujet. Il s’agit d’enfin rendre aux lesbiennes ce qui leur appartient, une culture complexe, riche, parfois paradoxale, toujours cachée ou appropriée. Il est temps d’admettre que nous possédons encore des biais, et qu’une approche libérale (qui va de paire avec le capitalisme) des relations amoureuses n’équivaut pas à abolir le genre. Clamer : « le sexe n’existe pas » n’a jamais aboli le sexisme, car dire n’est pas faire. Admettre toutefois que le sexe est une construction sociale avec une réalité matérielle est possible, et nécessaire à nos approches des dynamiques de domination. Fermer les yeux sur le fait que les corps influent sur notre traitement dans la société est de la mauvaise foi, une posture privilégiée adoptée par celleux dont le corps n’est pas au quotidien source de maltraitance et d’oppressions. Il nous faut arrêter de nous complaire dans des textes théoriques à grande envolée lyrique, qui flattent l’égo mais jamais n’aident celles qui en ont vraiment besoin. Si Wittig a dit que les lesbiennes n’étaient pas des femmes, ce n’était pas pour qu’on lui fasse dire qu’elles pourraient être des hommes. Arrêtons les discours aux couleurs transphobes, particulièrement transmisogynes, et appliquons les slogans que nous scandons en boucle : « les hommes trans sont des hommes ; les femmes trans sont des femmes ». Commençons enfin à être honnêtes et cohérent·es afin d’être légitime dans ce que nous revendiquons.

1. On entend par « personnes transmasculines » l’ensemble des personnes qui opèrent une transition vers une forme de masculinité.
2. Combinaison des termes « trans » et « gouin », supposé signifier « gouine » au masculin.
3. Terme souvent sujet à débat. Le ressenti pourrait être défini comme l’ensemble des affections que ressent un individu lorsqu’il se confronte au monde. Privilégier le ressenti d’une personne lorsque l’on s’interroge sur des dynamiques d’oppressions avec à l’origine pour objectif de permettre à la personne opprimée de recentrer la conversation sur son expérience de l’oppression, et de mettre en avant sa parole, puisqu’elle était concernée par la domination dénoncée. Toutefois, il nous faut nous souvenir qu’un ressenti est quelque chose de socialement situé, et qu’il ne s’agit pas de confondre ressenti basé sur une oppression effective, et ressenti basé sur un préjugé, par exemple envers un groupe socialement étiqueté comme violent, mauvais, agressif, abusif.
4. Grille d’analyse politique héritée du marxisme qui se base sur une approche des dynamiques de domination fondée sur une prise en compte des rapports socio-économiques. Voir le lexique du blog.
5. TERF signifie Trans Exclusionary Radical Feminist, « Féministe Radicale Excluant les Trans ». Mouvement politique réactionnaire qui vise à exclure les femmes trans du féminisme et de la société et à faire reculer les droits des personnes trans. Voir cet article sur le sujet.
6. Le terme queer signifie à l’origine « étrange » et est utilisé dès les années 1950-1960 pour insulter les gays, lesbiennes et personnes trans. Réapproprié par les premièr·es concerné·es puis plus largement par les personnes LGBTI, il signifie aujourd’hui en France tout ce qui a de près ou de loin rapport à la communauté LGBTI lorsque utilisé hors du champ universitaire, et a sensiblement perdu de son aspect radical et révolutionnaire étasunien (le capitalisme, que voulez-vous ?).
7. Militante lesbienne de la seconde vague du féminisme, auteur, Monique Wittig est à l’origine de nombreux textes fondateurs de la pensée féministe matérialiste et lesbienne, notamment réunis dans le recueil La Pensée Straight. Elle a aussi écrit de la fiction, associée au courant du nouveau roman. Son projet était de réinvestir et de renverser les formes littéraires établies pour y introduire la révolution lesbienne.
8. Phrase qui clôture la conférence « La pensée straight », donnée par Monique Wittig en 1978. Cette tournure choc anime encore de nombreux débats aujourd’hui, et appelle initialement à repenser la constitution de la binarité homme-femme comme nécessaire rapport social réciproque dans l’hétérosexualité, puisqu’il est ontologiquement constitutif dans la société pour une femme d’être périphérique à un homme. Les lesbiennes échappant à l’exploitation domestique d’un homme et à l’appropriation physique dans l’espace privé, échappent à cette définition de femme. Voir le lexique.
9. Être sous T signifie avoir recours à un traitement hormonal substitutif masculinisant à base de testostérone. C’est souvent ainsi que se met en place le processus médical de transition masculine.
10. Anglicisme signifiant aplatir sa poitrine à l’aide de vêtements compressifs appelés binders.
11. Le (cis)passing est le fait de « (cis)passer » pour une personne trans. Une personne trans (cis)passe lorsqu’autrui ne questionne pas son appartenance au sexe vers lequel elle transitionne. Cela équivaut à être perçu comme un homme/une femme (cis).
12. La queer theory est un champ d’études post-structuraliste qui veut repenser les identités en dehors des cadres normatifs d’une société qui envisage le sexe comme constitutif d’un clivage binaire entre humains, notamment au travers des normes et des discours. L’idée de subversion est au cœur de cette approche.
13. Genderfluid signifie en français « fluide dans le genre ». C’est l’idée que le sexe d’une personne serait fluide et pourrait varier.
14. Les personnes se déclarant bigenres se disent être à la fois des hommes et des femmes.
15. Je précise que ce cas de figure m’est absolument propre : certaines personnes décident de ne pas prendre d’hormones et connaissent au quotidien une expérience trans. La majorité des personnes trans, à l’instar de moi, ont cependant recours aux THS ou souhaitent y avoir recours. L’accès aux hormones gratuit et sans conditions est ainsi un droit fondamental pour les personnes trans.
16. Une éducation genrée est une éducation qui prend en compte le sexe assigné à la naissance de l’enfant pour imposer un cadre différentiel en fonction de celui-ci, impliquant comportements, attentes, valeurs et objets socialement considérés comme masculins ou féminins.
17. La socialisation primaire, en sociologie, correspond à la socialisation connue pendant les premiers moments de la vie, au sein des groupes de référence tels que la famille nucléaire. Elle s’opposerait à la socialisation secondaire, constituée de l’école, du travail, des groupes de fréquentation, des espaces culturels et religieux… Dans le cadre du débat sur les personnes trans, souvent structurés contre les personnes transféminines, la socialisation primaire est comprise comme la socialisation précédant la transition.
18. La transmisogynie est un concept de Julia Serano. Elle correspond à l’oppression spécifique aux femmes trans, doublement punies d’être non seulement trans, mais aussi femmes.
19. Pauline Clochec en parle par exemple dans sa conférence « Nos identités sont-elles politiques ? » au colloque Savoirs trans.
20. Male to Female, terme décrivant une transition du groupe des hommes vers le groupe des femmes.
21. Une transition administrative correspond à l’ensemble des démarches qui permettent de faire correspondre une nouvelle position sociale de sexe avec les papiers administratifs et légaux donnés tout au long de notre vie et restés au stade de notre ancienne identité. On y retrouve le changement légal de prénom et de mention de sexe à l’état-civil, mais aussi le changement de numéro à la Sécurité Sociale, le nom du compte en banque, les diplômes, etc. Il est volontairement long et fastidieux dans le but de décourager les transitions et de conserver une mainmise des groupes dominants sur les parcours trans.
22. Woke est un terme signifiant « éveillé·e » initialement issu de la communauté noire antiraciste aux États-Unis et récupéré par la gauche libérale pour désigner des individus soit-disant déconstruits, c’est à dire qui seraient conscients des mécanismes de domination à l’œuvre dans notre société et de la manière dont ils agissent sur notre comportements interindividuels.
23. Les personnes non-déconstruites seraient des personnes qui n’auraient pas faits un travail de compréhension et de remise en cause des mécanismes de domination de nos sociétés. Lire cet article pour une critique de la déconstruction.
24. Le cissexisme est un système politique d’oppression des personnes trans par les personnes et structures sociales cis.
25. Une lesbienne butch est une lesbienne très masculine, historiquement issue d’un milieu populaire ou ouvrier. Le terme butch est dérivé de butcher, boucher en anglais, et apparaît dans les années 1940. Pour plus d’informations, je vous renvoie à l’excellent ouvrage Boots or Leather, Slippers of Gold: the history of a lesbian community publié par Madeline Davis et Elizabeth Lapovsky Kennedy en 1993.
26. Oui, je parle bien de la campagne de collage d’affiches « It’s not a bretzel » par Gang du Clito.
27. Pour celleux que ça intéresse, allez voir l’introduction de l’ouvrage d’Anne Zélinski, qui publiera sous le nom d’Anne Tristan les Histoires du MLF, rédigée par Simone de Beauvoir elle-même. Vous constaterez qu’elle n’a aucun scrupule à employer les termes de « gouines hystériques » pour parler du mouvement lesbien en 1970.
28. Le féminisme universaliste, qu’incarne par exemple en France Elisabeth Badinter, se fonde aujourd’hui sur le thème de la « laïcité », terme derrière lequel se masque mal son islamophobie et sa fétichisation des femmes voilées, l’opposition à la non-mixité entre minorités raciales, le prohibitionnisme (pénalisation légale des travailleuses du sexe, précarisant en pratique les personnes prostituées) et l’exclusion des femmes trans.
29. Ici femme ne signifie pas comme le français femme, mais se réfère à une figure de la communauté lesbienne. La femme s’approprie les indices de la féminité et les exprime au sein de son lesbianisme. Si les femmes relationnent souvent avec des butches, ce n’est pas systématiquement le cas. Les identités butch et femme sont nécessairement lesbiennes. Butch et femme sont tellement plus que des esthétiques. Au cœur de ces identités se trouve le refus de relationner avec un homme et de se définir par rapport aux hommes.
30. L’expression female masculinity est introduite à travers l’ouvrage éponyme par J. Halberstam en 1998.

Max L.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s